Logo PACEA

Le Néolithique est la période de la fin de la préhistoire où les communautés humaines passent à un mode de production basé sur l’agriculture et l’élevage, et se sédentarisent. Les sociétés sont hiérarchisées, sans doute en lien avec la propriété et l’accumulation des richesses. Dans ce contexte, le monde funéraire est l’un des rares domaines qui permettent d’accéder, au moins en partie, à ces nouveaux fonctionnements. Dans la région alpine, les populations qui enterraient leurs défunts selon des rites codifiés similaires sont liées culturellement, mais l’on sait très peu de choses sur leurs structures biologiques et sociales. Les sépultures néolithiques de type Chamblandes, généralement construites avec quatre à six dalles de chant surmontées d’une dalle de couverture où les individus sont déposés sur le côté en position fœtale, sont retrouvées sur le Plateau Suisse, dans les Alpes et les régions avoisinantes, entre 4800 et 3800 av. J.-C. (Suisse, France, Italie). Ces sépultures s’insèrent dans divers horizons culturels (Type Egolzwiller, Cortaillod classique, groupe de Saint Uze, Vases à Bouches carrées…), ces traditions funéraires pourraient alors être partagées par un ou plusieurs de ces groupes. Deux traditions funéraires distinctes sont généralement identifiées. La première, nommée « tradition Villeneuve », se compose de nécropoles dont les tombes contiennent exclusivement un seul inhumé déposé dans des coffres en pierre. Elle se localise principalement au cœur des Alpes entre 4800 et 4400 av. J.-C. Le mobilier funéraire est rare, à l’exception des bracelets en coquillage de Glycymeris. La deuxième, nommée « tradition Genevray », regroupe les sites dont les tombes peuvent être individuelles et multiples, construites en pierre, en bois ou en fosse. Les premières tombes apparaissent vers 4800 av. J.-C. dans la rive sud du lac Léman pour se diffuser dès 4500 jusque 3800 av. J.-C. dans des régions plus lointaines. Grâce à l’évolution drastique des techniques en ADN ancien de ces dernières années, ce projet de thèse cherche à caractériser du point de vue génétique les populations qui sont inhumées dans les tombes Chamblandes, dans le Bassin lémanique. Seront ainsi visés des sites du Bassin Lémanique et des Alpes. Situés à seulement quelques dizaines de kilomètres les uns des autres, ils abritent un total d’au minimum 400 individus. Le premier objectif de ce projet de thèse va être de générer et d’analyser les génotypes d’un maximum d’individus pour chacun des sites étudiés. Ainsi, à l’image des travaux novateurs dans la discipline tels que l’étude du site contemporain de Gurgy « les Noisats » publiée dans Nature en 2023 par deux des directrices de la thèse, ce travail va s’attacher à reconstituer les potentiels liens de parenté proches et éloignés au sein de chaque site, afin d’explorer les structures sociales qui ont pu aboutir à de telles signatures biologiques. Le deuxième objectif va être, en changeant d’échelle, d’explorer les liens biologiques entre les sites afin de mettre en évidence les réseaux de connexion, et les potentielles règles sociales qui régissent ces réseaux, si elles sont de nature à laisser des traces biologiques (règles de résidence patrilocale ou matrilocale par exemple). Les données obtenues pourront également être analysées conjointement aux données publiées pour des périodes contemporaines.

Plus d’informations :
[Site web ADUM]