L’émergence de l’archéoacoustique et des techniques de réalité virtuelle acoustique a permis d’étudier les liens entre les lieux et la pratique musicale dans des contextes historiques spécifiques (la musique baroque, l’École Notre-Dame ou la polyphonie de l’Ars Nova). Ces recherches ont également permis de reconstruire l’acoustique de lieux emblématiques, comme la Thomaskirche où Bach a composé, ou le pavillon Philips où le Poème électronique de Varèse a été réécouté dans son acoustique originale. Cette relation entre musique et espace se reflète également dans la composition : certaines œuvres ont été écrites pour des lieux spécifiques, connus du compositeur, et des espaces ont été conçus pour accueillir des répertoires spécifiques. Concernant les liens entre acoustique et compositions musicales, certaines hypothèses avancent que « la réverbération de l’édifice offrait un soutien harmonique à la mélodie du plain-chant », mais ces relations n’ont pas été démontrées, ni d’un point de vue acoustique, ni musicologique. L’influence de l’acoustique sur l’interprétation musicale a été mise en évidence dans des études récentes, montrant l’impact de l’acoustique des lieux sur les paramètres d’interprétation. Toutefois, aucune étude n’a jusqu’ici pris en compte la structure musicale des pièces dans l’analyse des liens entre acoustique et performance musicale. Ce projet pluridisciplinaire, vise à étudier les liens entre l’acoustique des lieux et l’interprétation vocale en tenant compte de la structure musicale dans le plain-chant médiéval. Ce répertoire, sans indication rythmique, induit une grande variabilité dans les interprétations contemporaines. L’acoustique pourrait avoir un effet plus marqué sur l’interprétation de ces œuvres que sur des pièces offrant moins de liberté. La musique d’Hildegarde de Bingen (1098-1179) est particulièrement pertinente pour cette étude. Son écriture musicale, distincte de la musique modale grégorienne, a donné lieu à une grande diversité d’interprétations. L’objectif est d’analyser l’influence de l’acoustique sur l’interprétation de ses monodies, en particulier dans des lieux réverbérants comme les églises, où la réverbération peut créer un écho générant artificiellement une hétérophonie dans un contexte monodique. Ce projet poursuivra les travaux en archéoacoustique sur la reconstruction des patrimoines acoustiques anciens. Nous étudierons les conditions acoustiques historiques des trois couvents où Hildegarde a vécu et composé, en collaboration avec des historiens de l’architecture médiévale. Ce travail permettra de recréer numériquement ces espaces à l’aide d’environnements acoustiques virtuels et de faire résonner à nouveau les musiques d’Hildegarde dans une acoustique proche de celle pour laquelle elles étaient destinées. Ces environnements acoustiques virtuels seront utilisés pour créer des conditions expérimentales contrôlées pour l’analyse des liens entre acoustique et performance.
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