Ce projet de thèse s’inscrit dans l’étude des manuscrits produits par le scriptorium de l’abbaye du Mont Saint-Michel entre la fin du Xe et le XIIIe siècle. Cet ensemble constitue un corpus exceptionnel, à la fois abondant, bien daté et relativement homogène, offrant une opportunité rare d’explorer les pratiques de fabrication médiévales. La thèse se concentre plus spécifiquement sur les pigments rouge-orangé utilisés dans les enluminures. La majorité des teintes rouges est obtenue en utilisant du minium (Pb₃O₄), du vermillon (HgS) ou un mélange de ces deux pigments. Ces matériaux présentent aujourd’hui des altérations visibles, telles qu’un noircissement partiel ou total, voire un aspect métallique, qui contraste avec leur couleur d’origine. Ces dégradations, déjà connues depuis l’Antiquité pour le vermillon, restent encore mal comprises, notamment dans le cas des mélanges de pigments et dans le contexte spécifique des manuscrits, par opposition à d’autres supports comme les peintures murales ou de chevalet. L’objectif principal de la thèse est donc d’étudier les mécanismes et la cinétique de dégradation de ces mélanges pigmentaires lorsqu’ils sont associés à des liants protéiques, typiques des pratiques du Mont Saint-Michel, ainsi qu’à d’éventuels additifs comme le blanc de plomb ou la calcite. Le projet cherche à déterminer si les phénomènes observés résultent simplement de la dégradation de chaque pigment pris isolément ou s’il existe des effets de synergie entre les composants.
Plus d’informations :