L’orseille, ou pourpre française, est un colorant végétal extrait de certains lichens, généralement associé à une teinte rouge violacée. Elle fut employée dans des manuscrits du XIᵉ siècle, où elle révèle une palette étendue allant du rose au brun, en passant par diverses nuances de violet. La présence de teintes brunes soulève une question majeure : relèvent-elles d’une intention chromatique initiale ou d’un phénomène de dégradation altérant la couleur d’origine ? Un projet postdoctoral préliminaire a exploré la synthèse de ce colorant dit « versicolor », capable de produire une large gamme de teintes. L’objectif était d’établir le lien entre conditions de fabrication, composition moléculaire et rendu chromatique. Des synthèses à base d’orcinol (précurseur du colorant) et de deux espèces de lichen ont été réalisées, puis analysées par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse et par colorimétrie. Si cette étude a permis de mettre en évidence une première corrélation entre composition et couleur, de nombreuses questions subsistent en raison de la variabilité et de la multiplicité des espèces moléculaires formées. Ce projet doctoral vise à approfondir cette problématique en s’appuyant sur des plans d’expériences afin d’examiner la variabilité intra- et inter-espèces. Plusieurs lichens peuvent en effet être à l’origine de l’orseille : des espèces maritimes du genre Roccella, mais aussi des espèces continentales telles qu’Ochrolechia parella, Pertusaria dealbescens ou Lasallia pustulata. La prévision du comportement du colorant lors de sa synthèse et de son application picturale, en explorant un large ensemble de paramètres physico-chimiques, constitue le cœur du travail. Une attention particulière sera portée à la compréhension de la teinte brune, qui n’a pas encore pu être reproduite en laboratoire. Un objectif complémentaire sera d’évaluer si la signature moléculaire permet d’identifier l’espèce de lichen utilisée.
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